Dimanche 29 mars 2020

5ème dimanche de carême – Année A
(EZ 37, 12-14 ; PS 129 (130), 1-8 ; RM 8, 8-11 ; JN 11, 1-45)

Chers frères et sœurs dans le Seigneur, dimanche dernier, nous avions suivi l’attitude des interlocuteurs de Jésus. Aujourd’hui nous rejoignons le cercle intime de ses amis. Lazare ressuscité nous est présenté, au seuil de Pâques, comme le précurseur de Jésus-Christ vainqueur de la mort, résurrection et vie, de même que Jean-Baptiste était au seuil du ministère du Christ le précurseur du Messie qui allait être révélé dans l’eau et l’Esprit.

Nous sommes invités à sortir de nos enfermements et de nos a priori. Nous avons à nous ouvrir à la vie qui doit toujours être un temps de résurrection si nous savons entendre et recevoir le message divin qui nous est donné au tombeau de Béthanie.

En ce cinquième dimanche de carême, nous sommes devant l’un des miracles de Jésus, à savoir la résurrection de Lazare, qui ravive notre espérance en la résurrection des morts, l’attitude des disciples de Jésus jusqu’ici peut nous intéresser au plus haut niveau. Nous les voyons intervenir au début des trois épisodes relatés en ces trois derniers dimanches de carême : au puits de Jacob (Jn 4,5-42), ils sont là sans comprendre ce qui vient d’être vécu ; à Jérusalem (Jn 9,1-41), ils questionnent et reçoivent en réponse la manifestation de l’action de Dieu en Jésus-Christ qui guérit cet aveugle-né. A Béthanie aujourd’hui (Jn 11,1-45), ils veulent éloigner Jésus de l’acceptation de la volonté de Dieu : « Pourquoi revenir en Judée ? » Il leur montre que par-delà cette mort qu’ils récusent, il est Vie et Résurrection. Il leur faudra du temps pour saisir la signification de cette parole qu’il leur a dite à la Transfiguration et leur dira sur le chemin d’Emmaüs « Il fallait que le Christ souffrît pour entrer dans la gloire ».

Aujourd’hui, ils sont heureux d’apprendre que Lazare dort. « À cause de vous, pour que vous croyiez ». Ils sont impliqués dans la démarche de Jésus. Ils doivent en découvrir la raison, ils doivent adhérer à sa volonté dans la foi. Pour les acteurs de cet événement comme pour chacun d’entre nous, le cheminement de la foi est différent, mais il doit être parcouru, par chacun de nous, selon cette différence qu’est la grâce personnelle que Dieu nous accorde.

Dans l’Évangile, l’attitude de Marie peut également nous interpeler. Lorsqu’elle apprend l’arrivée de Jésus, elle reste à la maison, à l’inverse de Marthe qui part à sa rencontre. Elle ne se décidera que sur l’appel discret de Marthe : « le Maître est là, il t’appelle, il te demande ». C’est Jésus qui l’invite et qui l’attend, c’est bien lui le Maître. Si nous voulons rencontrer Jésus et partager sa vie, il ne faut pas le chercher au travers de nos attentes personnelles et selon nos points de vue, mais le rejoindre lui-même, en entendant et en décryptant les signes qu’il nous donne comme appel.

La foi de Marthe n’entend pas le sens des paroles et de l’attente du Seigneur qui lui dit « Je suis la Résurrection ». La résurrection ? Elle ne la connaît que par rapport à une loi générale, dans le futur, même pour son frère, « au dernier jour ». Jésus rectifie cette conception. La vie est liée à cette présence personnelle de Jésus. Il ne parle pas de la vie biologique, mais de cette vie qui est « une chose mystérieuse », annoncera Saint Paul aux Corinthiens : « ce qui est mortel revêt l’immortalité, ce qui est semé en terre est un corps humain, ce qui ressuscite est un corps spirituel » (1 Cor 15,44). Nous avons nos doutes et nos limites, mais Jésus les dépasse. Par le moyen des événements et des rencontres signifiantes, par tout notre vœu, Jésus fait enlever la pierre qui nous enferme dans notre propre nuit, dans notre solitude intérieure : « ils enlèvent la pierre » (Jn 11,41).

Dans ce même Évangile, nous pouvons encore être interpelés par l’attitude des juifs. La résurrection de Lazare est entourée d’une grande tendresse et d’une grande amitié : « celui que tu aimes », est-il dit de Jésus ; « de nombreux juifs étaient venus entourer Marie… » ; « les juifs venus avec elle pleuraient aussi » ; « voyez comme il l’aimait ! » Ces pharisiens sont différents de ceux qui accablent Jésus, même si quelques-uns peuvent s’étonner qu’il n’ait pas empêché Lazare de mourir. Ils croient en Jésus (Jn 11,45). A la veille de la passion où tant de haine va se manifester, ce moment de Béthanie est une halte paisible parce qu’elle est vécue en une humanité où peut se réaliser la gloire de Dieu : « Pour cette foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé » (Jn 11,42).

La dernière attitude et l’ultime est celle de Jésus lui-même. En effet, la résurrection de Lazare est une merveilleuse illustration d’une foi déjà christologique. Elle nous montre comment, dans la personne de Jésus la nature humaine et la nature divine s’unissent sans se confondre. D’une certaine façon, l’incarnation devient tangible et prend tout son sens. Il est l’ami, l’homme qui pleure et en même temps il est la Résurrection et la vie, parce que Dieu est amour. Pour nous aussi, la résurrection est un fait présent parce qu’en nous il est la vie, « par son Esprit qui vit en nous » (Rm 8,11) ; « Je mettrai en vous mon Esprit et vous vivrez » (Ez 37,14).

Cette rencontre de Béthanie nous conduit au cœur du mystère de la résurrection du Christ triomphalement célébré au matin de Pâques. Nous ne pouvons approcher l’un des aspects du mystère du Christ sans y inclure les autres. Le vendredi saint et le dimanche de Pâques forment un même et unique mystère pascal.

La foi qui nous est demandée comme elle l’est à Marthe, comme aux juifs, comme aux disciples, c’est d’accepter de se déposséder de soi, de ses points de vue, de ses propres désirs pour suivre Jésus comme il est et comme il veut que nous soyons. Il n’efface pas la mort mais il la traverse et nous la fait traverser avec lui pour nous faire revivre. Nous devons l’accompagner sur le chemin du tombeau parce que c’est le seul chemin pour découvrir la résurrection.

Cette présence de son Esprit est la force de vie qui nous libère des liens du péché et de la mort. À notre tour et tout au long de notre vie, malgré les vents contraires et tous les événements que nous vivons ces jours-ci, nous sommes appelés à sortir de notre enfermement, à délier nos mains et nos pieds attachés pour mettre à l’école du Christ qui reste notre seule espérance (Jn 11,44). C’est ainsi que nous rendrons grâce à Dieu par le Christ, « cet homme plein d’humanité qui, dans sa tendresse pour tous les hommes, nous conduit par le mystère de sa Pâque jusqu’à la vie nouvelle » (Préface de la messe de ce jour).

P. Augustin Dawili

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[Chant : Heureux les pèlerins A74-06 (Biyela, album « Paix dans le monde », Éd. du Signe)].

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Retrouvez aussi l’homélie de monseigneur Lalanne en cliquant ICI

 

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