Motus et bouche cousue

Édito du dimanche 9 septembre 2018

23ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année B                        

En territoire païen une demande de guérison est adressée à Jésus en faveur d’un sourd-bègue. Emmuré en lui-même, ce sourd n’entend évidemment rien de ce que peuvent lui dire les hommes ; bègue, il éprouve d’énormes difficultés à se faire entendre d’eux. Ces handicaps somatiques doublés de paganité sont le type-même de coupure radicale, symbole de péché.

Artisan divin, Jésus va renouer les fils cassés de l’ouïe et de la langue du malade. Sans accomplir l’imposition des mains demandée, à l’abri des regards humains Jésus pose plutôt quatre gestes avant de crier EFFATA : les deux premiers sur le malade, puis les deux suivants à l’endroit de Dieu.

En effet au contact de ses doigts et de sa salive, les organes handicapés guérissent. Son flux divin recrée la fonction auditive déficiente et la faculté phonatoire défaillante. [En d’autres ères culturelles, loin d’être répugnante, la salive est censée contenir des vertus curatives. Au Congo par exemple le rite de la bénédiction se transmet par le crachat de la salive].

Par son regard au ciel, véritable clin d’œil filial et son soupir “expiration”, Jésus s’ouvre à son Père et à l’Esprit. Ébauche de la parole, le soupir authentifie indéniablement le gémissement des cris ineffables dont parle Saint-Paul (Rm 8) comme marque du sceau de l’Esprit.

Ayant ainsi tout restitué et restauré, Jésus accomplit donc la véritable ontothérapie dont l’homme a besoin, le salut ; non pas le spectacle d’actes thaumaturgiques que recherchait subrepticement la foule. Pourtant Jésus pense à juste titre qu’il n’est pas encore temps de révéler ce qu’il fait et ce qu’il est. D’où la consigne de silence qu’il impose. Motus et bouche cousue !

C’est le secret messianique dont la scansion est plus frappante dans l’évangile de Marc qu’en tout autre écrit du Nouveau Testament. Hélas plus l’ordre de se taire est insistant, plus les gens parlent. Jésus a délié la langue du malade pourtant la parole ne lui est pas donnée. Il lui a ouvert les oreilles cependant Jésus n’est pas écouté des hommes. Drame inexorable dont le dénouement se fera à la Passion.

 

Père Donatien Bizaboulou

 

 

 

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