Le Club des cinq

Un Carême d’action de grâce et de miséricorde
avec S. François d’Assise

‘Rebâtis mon Église !’

◯ À Noël déjà, la crèche de nos églises était bâtie devant l’autel, et même sur l’autel de la chapelle de Notre Dame, à la manière de S. François.

◯ Par ailleurs, le Pape explique ainsi son nom : François est pour moi l’homme de la pauvreté, l’homme de la paix, l’homme qui aime et prend soin de la création, dit-il. Comme pour le Pape, pour nous François est un modèle pour ‘La grande Vie’.

◯ Ce Carême ouvrira la perspective de Pâques et Pentecôte bien évidemment, comme aussi la perspective de notre pèlerinage paroissial à Assise en février 2022.

Le Club des cinq animera les dimanches de Carême :
de 15 h à 16 h, conférence de Carême et vêpres,
à Saint Pierre aux Louvrais.

Le Conférencier de chaque dimanche assurera la Conférence en présence réelle, la présidence des vêpres et une vidéo pour les absents. Chaque dimanche vous recevrez une carte avec le résumé de l’édito pour méditer durant la semaine. Vous disposerez d’une enveloppe pour tout serrer, avec au dos le programme des conférences.

Cinquième dimanche de Carême

21 mars

⑤ François et la Charité

Toute vie de sainteté est influencée par la Parole de Dieu. Un passage d’Évangile devient une référence majeure pour comprendre le sens de la charité chez François. Pour lui, ce fut la parabole de l’homme riche. Voici l’extrait le plus marquant pour
S. François :

Jésus le regarda et se mit à l’aimer ; il lui dit « une seule chose te manque ; va ; ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel. » (Mc 10, 17-22)

« Va, vends, donne », ces trois verbes d’action vont bouleverser et marquer en profondeur la vie de charité de François. Ainsi, il se dépouillera de tout ce qu’il possède pour suivre le Christ. Il sera pauvre et abandonné à la Providence. Il se présentera même devant son père, le riche drapier d’Assise, revêtu de l’humble vêtement de ses ouvriers pour lui montrer à quel point il veut changer sa vie. Il adoptera comme devise la formule latine : Nudus, nudum Christum sequi, c’est-à-dire nu, suivre le Christ, nu donc vivre dans un dépouillement total.

Sur ce, François deviendra désormais une offrande d’amour, un homme de terrain, un homme d’action, et solidaire de la condition humaine, et plus particulièrement des pauvres. La vie de S. François est donc une vie d’action auprès des pauvres, accomplie dans une grande liberté intérieure et extérieure et dans une charité parfaite.

Quatrième dimanche de Carême

14 mars

④ François et la Fraternité

 

0. Introduction

Des frères en cadeau: l’expérience de saint François d’Assise

Dans la vie de saint François, la fraternité n’est pas une théorie abstraite, mais un don concret de Dieu à chacun. Le Poverello d’Assise nous rappelle, aujourd’hui encore, que nous ne pouvons pas être de vrais frères si nous ne nous reconnaissons pas comme les enfants d’un seul Père.

François d’Assise revient pour inspirer le pape qui, le premier dans l’histoire, a pris son nom. Si, il y a six ans, c’est la louange à Dieu pour la création, le Cantique des Créatures, qui a donné une âme à l’encyclique Laudato Si’ , cette fois, c’est la fraternité (et l’amitié sociale) qui est au centre de l’attention du nouveau document magistériel qui, sur la terre même du Poverello , a été signé le 3 octobre 2020. Mais quels sont-ils, ou plutôt qui sont les frères de saint François ? Une réponse intime et révélatrice se trouve au début de son Testament, où, après avoir raconté la rencontre avec les lépreux – auxquels le Christ l’a conduit, alors qu’il en avait peur et ressentait du dégoût – il dit : «Après que le Seigneur m’eut donné des frères, personne ne m’a montré ce que je devais faire, mais le Très-Haut Lui-même m’a révélé que je devais vivre selon la forme du Saint Évangile» .

Les frères se présentent à François avant tout comme un don de Dieu. Un cadeau inattendu et, à vrai dire, non indolore, car ils apportent une situation nouvelle qui le force à demander l’aide du Seigneur, car personne ne sait lui dire quoi faire. Ils ne sont pas notre conquête, les frères, et ils ne sont pas non plus comme nous le souhaiterions. Ils sont l’œuvre vivante du Créateur offerte gratuitement à chacun d’entre nous. Ils sont donnés, précisément, et nous ne pouvons donc pas les choisir ou les posséder, mais seulement les accueillir et les aimer tels qu’ils sont, avec leurs faiblesses et leurs différences. Ces différences, et parfois ces dissonances, seul le Seigneur peut les recomposer en fin de compte parce que, comme le dirait le Pape François, l’harmonie n’est pas faite par nous, mais par l’Esprit Saint.

 

  1. La fraternité n’est pas une idée abstraite

Ce qui ressort clairement chez François d’Assise, et qui trouve confirmation dans cet écrit fondamental dans la parabole conclusive de sa vie terrestre, c’est que la fraternité pour lui n’est pas une idée, une théorie abstraite, mais un fait concret, une expérience qui change la vie. À côté de ce principe de réalité, et d’autant plus pertinent qu’il en est la source, nous découvrons que pour François il n’y a pas de fraternité si nous ne reconnaissons pas et n’acceptons pas la filiation commune de notre Père céleste. Nous sommes tous frères parce que nous sommes tous les enfants d’un même Père.

Personne n’est donc étranger à l’autre. Cette révolution de perspective, dans la vie de François, conduira à des choix surprenants qui trouvent leur point culminant dans la célèbre visite au sultan d’Égypte. Cette fraternité vécue est le noyau de la conversion du Saint d’Assise, et un tel noyau se trouve en chaque femme et chaque homme qui a rencontré authentiquement Jésus Christ. En fait, si nous ne reconnaissons pas le projet commun d’amour du Père pour nous, il ne suffira pas d’être sœurs ou frères. Même pas biologiquement. D’ailleurs, c’est un frère de sang qui a tué Abel. Et il le tue parce que la haine a fermé les yeux de Caïn qui, ne voyant plus l’amour du Père, ne reconnaît même pas son frère comme tel.

 

  1. Une ligne de conduite toujours actuelle

Pour François d’Assise, cependant, la fraternité n’est pas un don statique, une fin en soi. Elle se nourrit et grandit en se nourrissant de la charité. Et cela apporte toujours la paix.  La relation avec les frères trace un chemin, initie un processus qui se développe dans une dimension communautaire. C’est après la rencontre avec ses frères, en effet, que le Seigneur lui révèle qu’il doit se conformer à l’Évangile, prendre la forme même du «saint Évangile» , et le faire donc de manière radicale, «sans tranquillisants» , afin de reprendre une image efficace du Pape François.

Pour le Saint-Patron de l’Italie, prendre soin des autres comme soi-même devient la voie et l’espace privilégié de l’évangélisation. Il ne peut donc pas y avoir un frère qui se retire dans un état d’isolement. Ce serait un contresens, un contre-témoignage. Pour le saint, en effet, l’amour pour le Père grandit autant que l’amour pour le frère au visage duquel se trouvent les traits du Créateur. Un amour qui, chez François, s’étend jusqu’à devenir cosmique car la fraternité devient une étreinte envers toute créature: même le Soleil est appelé frère et la Lune soeur.

Huit siècles plus tard, malgré la croissance des égoïsmes et la montée des barrières de toutes sortes, le monde a toujours soif de fraternité et de paternité. Il est constamment à sa recherche. Le témoignage du Poverello d’Assise, qui a voulu devenir «frère de tous les hommes» , est très actuel et nous pousse, avec un autre François, le Pape François, à parcourir le chemin de la fraternité.

 

  1. La Fraternité universelle

L’un des premiers signes de la conversion de François, comme il le dira lui-même dans son Testament, a été l’amour des exclus : les pauvres et les lépreux. Il a voulu les aimer comme s’il aimait et servait le Christ lui-même. Or, à cette époque, les lépreux étaient les grands exclus de la société civile, et même de l’Église. Ils étaient parqués à l’extérieur des villes, abandonnés à leur maladie, des enterrés vivants. Or, pour François, tout homme porte en lui-même l’image de Dieu Créateur, et en son humanité l’image même du Christ, Fils bien-aimé du Père. Dès lors, l’homme, quel qu’il soit, ami ou ennemi, et quelque défiguré qu’il soit par la souffrance, la maladie, la misère, le péché ou la déchéance, mérite le plus grand respect et doit être l’objet de la charité fraternelle.

Plus tard, le grand théologien franciscain, Bonaventure, maître de l’Université de Paris, affirmera que nul être humain n’a le pouvoir de faire disparaître en lui l’image divine, constitutive de sa personne. Il ne peut tout au plus que la voiler ou la nier. Le même Bonaventure, écrivant la vie de François lui met dans la bouche l’exhortation suivante : «quand tu vois un pauvre…c’est l’image du Seigneur et de sa pauvre Mère que tu as sous les yeux… En effet, en vrai Chrétien, François voyait en tous les pauvres la ressemblance du Christ…» (Leg. Maj.8,5).

François demandait aussi à ses frères de vivre volontiers “au milieu des pauvres” : «…Les frères doivent se réjouir quand ils se trouvent parmi les personnes viles et méprisées, les pauvres, les faibles, les infirmes et les mendiants des rues…» (1 Reg.).

Cette vie fraternelle avec tous doit d’abord être vécue au sein de la fraternité franciscaine : les Frères doivent se conduire entre eux comme les frères d’une même famille. Ainsi « Il voulait que règne l’union entre grands et petits, que savants et simples communient à la même fraternelle affection, que la puissance de l’amour rapproche ceux que séparait la distance…» (2 Cel. 191). Et dans la 1è Règle, il écrit : « Aucun frère n’aura, surtout sur ses compagnons, aucun pouvoir de domination. Comme dit le Seigneur dans l’Evangile, les princes des nations leur commandent et les grands des peuples exercent leur pouvoir ; il n’en sera pas de même entre les frères…(5, 12)… On ne donnera à aucun frère le titre de prieur, mais à tous indistinctement, celui de frères mineurs. Ils se laveront les pieds les uns aux autres…» (6, 3).

Enfin, tous les hommes doivent être abordés comme des frères ; riches ou pauvres, amis ou ennemis, bienfaiteurs ou bandits des grands chemins, chrétiens ou infidèles. (1 R 7, 13). Même par rapport aux prêtres pécheurs, souvent vilipendés par les mouvements évangéliques et plus ou moins révolutionnaires de ce temps, François quant à lui adopte une attitude de compassion et de miséricorde, et de plus il conserve la foi en l’action du Christ, sacramentalisée par le ministère des prêtres. Les récits de la vie de François abondent sur ce thème de la rencontre bienveillante de quiconque. Cette fraternité sans exclusive s’est vérifiée concrètement dans la rencontre des infidèles, abordés eux-aussi comme des frères, avec courtoisie et respect.

 

  1. La rencontre du Sultan

Dès 1217, François songe à partir pour la Terre Sainte, mais une première tentative échoue. En 1219, il s’embarque à Ancône. Son premier projet est de participer à la 6ème Croisade et d’y évangéliser les croisés. Mais, très vite il se rend compte que l’idée de Croisade, a été détournée vers le désir de domination, et les exactions des soldats francs le remplissent d’horreur. On avait déjà connu le détournement de la 4è Croisade qui avait débuté par la prise et le pillage de Constantinople (1204). François prend conscience de l’échec de l’idée de croisade et rêve d’une réconciliation avec l’Islam. Ne pouvant imaginer convertir les croisés à l’idée de la paix, il prend le parti de rencontrer le chef des musulmans d’Égypte pour lui parler de l’Évangile et l’inviter à faire la paix.

Nombreuses sont les sources historiques qui rendent compte de l’événement. Si invraisemblable a-t-il pu paraître, on ne peut le mettre en doute, car il est attesté par des sources indépendantes l’une de l’autre, et surtout par l’attestation du cardinal Jacques de Vitry, le légat pontifical en Terre-Sainte, présent sur les lieux, et par saint Bonaventure général de l’Ordre, qui en fait état dans plusieurs écrits universitaires et dit avoir interrogé un des compagnons de cette aventure. Il est intéressant de relever le témoignage de Jacques de Vitry : “…Le Maître de ces frères, qui est aussi le fondateur de l’Ordre, s’appelle François ; il est aimé de Dieu et vénéré par tous les hommes. Il était venu dans notre camp et, brûlant de zèle pour la foi, il n’eut pas peur de passer jusque dans le camp de nos ennemis. Pendant quelques jours, il prêcha aux Sarrasins la Parole de Dieu, mais avec peu de succès. Le Sultan cependant l’appela en particulier et lui demanda de prier le Seigneur pour lui, roi d’Egypte, afin que Dieu lui indique quelle religion il voulait lui voir embrasser…”

Sans doute, la personnalité du sultan Malek-el-Kamil, humaniste épris de paix et de rencontre des cultures était providentielle. Cependant cette rencontre connue et répercutée dans l’Ordre des Mineurs, a eu des retentissements considérables : il y avait donc d’autres solutions que la Croisade. On pouvait donc avoir avec les Sarrasins d’autres relations que guerrières. Le dialogue était possible, pourvu qu’on aborde les autres avec respect et amitié. Parallèlement à cette expérience, la Croisade des armes échouait lamentablement, surtout à cause de l’intransigeance et de la maladresse du cardinal Pélage. Les Papes en tirèrent des conclusions, jusqu’à ce que Innocent IV, en 1245, après le premier Concile de Lyon, invite officiellement les frères mineurs et les frères prêcheurs à rencontrer les responsables de l’Islam, en Afrique du Nord, en Syrie, en Egypte et en Turquie. Ce fut la première relance officielle de la mission, au XIII e siècle.. On peut raisonnablement penser que la rencontre de François et du Sultan inaugurait un autre mode de relation des chrétiens avec les autres religions, fondé sur l’idée de fraternité humaine. Aujourd’hui encore, les Frères mineurs, présents dans de nombreux pays musulmans, se font les zélateurs du dialogue islamo-chrétien.

Si François manifestait une prédilection pour les pauvres, il invitait les frères à ne mépriser personne, pauvre ou riche, et lui-même fréquentait les uns et les autres sans complexe.

 

  1. La fraternité “cosmique”

Pour François, la fraternité entre tous les hommes est fondée sur l’image de Dieu que chacun porte en lui-même et sur la fraternité de chacun avec le Christ, commun Sauveur de tous. Mais il existe aussi une fraternité plus large qui fait de l’homme un frère avec toutes les autres créatures, en raison d’une commune origine : l’amour créateur du Père. Ce n’est pas par esthétisme ou par simple expression poétique que François appelle frères et sœurs chacune des créatures et qu’il composa son “Cantique du Soleil”. Il jette sur le monde, sur l’univers, un regard de foi en Dieu-Créateur. Il voit dans la création la marque imprimée par son auteur ; il contemple la grandeur divine et la sagesse incréée dans l’univers qui l’entoure. Il pense, avec saint Augustin, mais aussi avec la tradition biblique, qu’il appartient à l’homme de prêter sa voix à la création matérielle pour que celle-ci loue Dieu, et de reconnaître dans les créatures, l’environnement de son retour à Dieu. Cette perception de la destinée “religieuse” du monde a beaucoup frappé ses contemporains qui ont vu en lui un “homme nouveau” (un nouvel Adam) dans une nature réconciliée, anticipant les cieux nouveaux et la terre nouvelle. Bref un prophète d’un nouvel âge. Les biographies écrites dans son entourage, dès le XIIIè s racontent abondamment les épisodes poétiques de son succès auprès des animaux : prédication aux oiseaux, aux poissons, au loup de Gubbio… La légende se mêle à l’histoire, car on ne prête qu’aux riches, mais il y a une telle unanimité dans ces récits qu’on ne peut ne pas les prendre au sérieux…en faisant cependant la part de la poésie et de l’hagiographie.

La théologie franciscaine postérieure développera une théologie des créatures en lien avec la doctrine de la Trinité-créatrice. C’est aussi pour ce respect pour la création que François est aujourd’hui vénéré par tous, et que le Pape François l’a déclaré patron des écologistes, encore que sa conception du respect de la nature soit assez éloignée de celle de nos contemporains.

 

  1. L’encyclique Fratelli tutti du Pape François

C’était le 3 octobre 2020, que le pape François a signé l’encyclique Fratelli Tutti sur la fraternité et l’amitié sociale, depuis Assise, où se trouve la tombe de saint François. Le pape reprend les mots mêmes du poverello dans Les Admonitions : « Fratelli tutti , écrivait saint François d’Assise, en s’adressant à tous ses frères et soeurs, pour leur proposer un mode de vie au goût de l’Évangile ». Il poursuit : « Ce saint de l’amour fraternel, de la simplicité et de la joie, qui m’a inspiré l’écriture de l’encyclique Laudato si’ , me pousse cette fois-ci à consacrer la présente nouvelle encyclique à la fraternité et à l’amitié sociale ». « Les questions liées à la fraternité et à l’amitié sociale ont toujours été parmi mes préoccupations. (…) J’ai voulu recueillir dans cette encyclique beaucoup de ces interventions en les situant dans le contexte d’une réflexion plus large. En outre, si pour la rédaction de Laudato si’ j’ai trouvé une source d’inspiration chez mon frère Bartholomée, patriarche orthodoxe qui a promu avec beaucoup de vigueur la sauvegarde de la création, dans ce cas-ci, je me suis particulièrement senti encouragé par le grand imam Ahmad Al-Tayyeb que j’ai rencontré à Abu Dhabi pour rappeler que Dieu “a créé tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité, et les a appelés à coexister comme des frères entre eux” ».

Cette encyclique se décline selon huit chapitres : Les ombres d’un monde fermé ; Un étranger sur le chemin ; Penser et gérer un monde ouvert ; Un cœur ouvert au monde ; La meilleure politique ; Dialogue et amitié sociale ; Des parcours pour se retrouver ; Les religions au service de la fraternité dans le monde. Dans les derniers paragraphes le pape explique ses sources d’inspiration : « Je me suis particulièrement senti stimulé par saint François d’Assise, et également par d’autres frères qui ne sont pas catholiques : Martin Luther King, Desmond Tutu, Mahatma Mohandas Gandhi et beaucoup d’autres encore. Mais je voudrais terminer en rappelant une autre personne à la foi profonde qui, grâce à son expérience intense de Dieu, a fait un cheminement de transformation jusqu’à se sentir le frère de tous les hommes et femmes. Il s’agit du bienheureux Charles de Foucauld ». «Il a orienté le désir du don total de sa personne à Dieu vers l’identification avec les derniers, les abandonnés, au fond du désert africain. Il exprimait dans ce contexte son aspiration de sentir tout être humain comme un frère ou une sœur. (…) Il voulait en définitive être “le frère universel”. Mais c’est seulement en s’identifiant avec les derniers qu’il est parvenu à devenir le frère de tous. Que Dieu inspire ce rêve à chacun d’entre nous. Amen ! ».

 

  1. Vivre la fraternité séculière avec Saint François

Il y a 8 siècles déjà, du vivant de François d’Assise, nombreux sont les laïcs qui souhaitent mener une vie évangélique tout en conservant leur état : ils sont connus sous le nom de ” pénitents “. Ce statut est formellement reconnu par l’Ordre franciscain en 1289 avec une règle, la Règle des Pénitents, approuvée par le pape Nicolas IV : c’est la naissance officielle du ” Tiers Ordre Franciscain “.

En 1883, le Pape Léon XIII donne une nouvelle règle au Tiers Ordre qui devient un instrument de réforme sociale au sein de l’Église.

En 1978, Paul VI promulgue une nouvelle règle ou ” Projet de Vie évangélique ” qui adapte le Tiers Ordre, devenu Ordre Franciscain Séculier, aux exigences et aux attentes de l’Église dans les conditions du monde actuel.

Vivre la spiritualité de Saint François d’Assise permet de proposer pour aujourd’hui :

  • De garder du temps pour Dieu, le prier, lui rendre grâce,
  • De passer de l’Évangile à la vie et de la vie à l’Évangile, c’est-à-dire de vivre concrètement l’Évangile,
  • De voir dans tout homme un frère que Dieu nous donne, de l’écouter et de partager nos différences afin de nous enrichir,
  • D’avoir une attention plus particulière aux petits de notre société,
  • De participer individuellement ou en fraternité à des actions de solidarité ou à d’autres engagements,
  • D’apprendre à nous désapproprier de nos talents et de nos richesses pour les mettre au service de nos frères avec joie et humilité,
  • De devenir des artisans de paix, de favoriser les initiatives encourageant la non-violence, une plus grande justice et le dialogue entre les hommes de toutes cultures et de toutes religions,
  • De nous émerveiller, de contempler, de respecter, de protéger et de faire aimer la création, d’y voir l’œuvre de Dieu.

Que Dieu vous bénisse. Amen

Pour écouter la conférence cliquez sur la photo

Troisième dimanche de Carême

7 mars

③ François et la joie

ou
la Joie est le fruit d’une libération

 

Qui a écrit :

 La Joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la Joie naît et renaît toujours (Evangelii gaudium (2013) § 1) ?

 

Afin de faire le lien avec la belle conférence de mon frère Désiré qui nous exhortait à une nouvelle étape évangélisatrice avec François, je continuerai la citation pour poser mon propos :

Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée.

Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce Joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus.

 Même les croyants courent ce risque, certain et permanent. Beaucoup y succombent et se transforment en personnes vexées, mécontentes, sans vie.

Ce n’est pas le choix d’une vie digne et pleine, ce n’est pas le désir de Dieu pour nous, ce n’est pas la vie dans l’Esprit qui jaillit du cœur du Christ ressuscité (ibid. § 2).

La grande Vie de la Pentecôte 2018, souvenez-vous, est cette vie dans l’Esprit qui jaillit du cœur du Christ ressuscité.

 La Joie de François révèle deux choses, en lui :

. en même temps l’expression de son tempérament généreux.
. et en même temps l’expression de cette vie dans l’Esprit qui jaillit du cœur du ressuscité.

C’est ainsi que François a pu passer d’une forme superficielle de la Joie à un véritable enthousiasme. C’est un garçon généreux, cela ne suffit pas pour chanter les louanges divines, même au cœur des épreuves.

Parce que François est notre compagnon de Carême, ne tournons pas autour du pot, et allons au fait, avec l’épreuve.

 

La Joie dans l’épreuve

Une parabole nous dévoile le secret de la Joie de François :

[Frère Léonard] rapporta au même endroit qu’un jour, à Sainte Marie, le bienheureux François appela frère Léon et dit : « Frère Léon, écris. » Et lui répondit : « Voilà, je suis prêt. » « Ecris, dit-il, quelle est la vraie Joie. Un messager vient et dit que tous les maîtres de Paris sont venus à l’Ordre ; écris : ce n’est pas la vraie Joie. De même, tous les prélats d’outremonts, archevêques et évêques ; de même le roi de France et le roi d’Angleterre ; écris : ce n’est pas la vraie Joie. De même, mes frères sont allés chez les infidèles et les ont tous convertis à la foi ; de même, je tiens de Dieu une telle grâce que je guéris les malades et fais beaucoup de miracles : je te dis qu’en tout cela n’est pas la vraie Joie. Mais quelle est la vraie Joie ? Je reviens de Pérouse et par une nuit profonde je viens ici, et c’est un temps d’hiver, boueux et froid au point que des pendeloques d’eau froide congelée se forment aux extrémités de ma tunique et me frappent toujours les jambes, et du sang jaillit de ces blessures. Et tout en boue et froid et glace, je viens à la porte et, après que j’ai longtemps frappé et appelé, un frère vient et demande : Qui est-ce ? Moi je réponds : Frère François. Et lui dit : Va-t’en ; ce n’est pas une heure décente pour circuler ; tu n’entreras pas. Et à celui qui insiste, il répondrait à nouveau : va-t’en ; tu n’es qu’un simple et un ignare ; en tout cas, tu ne viens pas chez nous ; nous sommes tant et tels que nous n’avons pas besoin de toi. Et moi je me tiens à nouveau debout devant la porte et je dis : Par amour de Dieu, recueillez-moi cette nuit. Et lui répondrait : Je ne le ferai pas. Va au lieu des Crucigères et demande là-bas. Je te dis que si je garde patience et ne suis pas ébranlé, qu’en cela est la vraie Joie et la vraie vertu et le salut de l’âme. »

Je reprends avec vous certaines expressions employées dans cette parabole et qui révèlent ce qui se passe dans l’Ordre des frères mineurs, après 1220 quand son rayonnement est plein de succès. Il y a 800 ans, et cela peut éclairer notre propre vie.

Tu ne viens pas chez nous… Va-t’en : François attend longuement à la porte du couvent. Quel couvent ? Non loin d’Assise, dans le bourg de Sainte Marie des Anges, près de la petite église de la Portioncule, troisième église que notre ami a rebâtie ; c’est le berceau de l’Ordre, de là, il envoya les premiers frères, c’est là que la noble Claire Offreduccio de Favarone a fondé l’Ordre des ‘Pauvres Dames’, les clarisses. Nous y serons dans 1 an, lundi 21 février 2022.

Ce n’est pas une heure pour circuler : Voilà qu’est désavouée la nature même du beau projet de frères itinérants alors que plusieurs ont déjà sillonné l’Europe pour y porter l’Evangile !

Tu n’es qu’un simple et qu’un ignare (idiota) : le premier reproche reprend les mots mêmes de François quand il se désigne : Nous étions sans instruction et soumis à tous.

Nous sommes tant et tels que nous n’avons pas besoin de toi. Quel accueil pour François qui, depuis son retour d’un long voyage au Proche-Orient soldé par un échec, souffre d’une ophtalmie purulente ! Bientôt, il sera quasi aveugle ! On n’a pas besoin de lui, lui a besoin des autres !

Les nouveaux frères ne veulent plus être identifiés à des simples, et ils réclament la rédaction d’une Règle : pour François, nous le savons, la Règle c’est l’Évangile.
Le propos mérite que nous fassions fonctionner nos petites cellules grises : cet évènement est récurrent dans la vie des hommes. Souvenons-nous du grand Samuel (I Sm 8, 1-22 passim).

Qu’à cela ne tienne : quand la porte du couvent se ferme sur un conseil final : Va chez les Crucigères et demande là-bas.
L’ordre hospitalier des Crucigères, ou croisiers, est un lieu d’accueil pour les lépreux. A l’apogée de la réussite de son œuvre, François est renvoyé par ses frères chez les lépreux. Là où pour la première fois il avait entrevu la face miséricordieuse de l’Amour. Il est jeté hors du berceau de l’Ordre pour rejoindre le lieu du commencement de sa vocation, aussi le lieu du commencement de l’Ordre puisque le service des lépreux était le noviciat pour les candidats.

Le secret de la vraie Joie pourrait avoir quelque relation avec le baiser au lépreux.

 

La Joie dans l’obéissance à la volonté divine

Personne ! Personne ne peut supporter cela à moins d’être prêt au dépouillement et à l’humilité. Or il est vrai comme le dira la petite Thérèse :

Il faut beaucoup d’humiliation pour faire un peu d’humilité.

L’obéissance, surtout lorsqu’elle est difficile, est une école d’humilité, de cette humilité qui façonne les âmes en les libérant d’une trop grande préoccupation de soi.

Un jour où François priait et cherchait à connaître la volonté du Seigneur, il obtint cette réponse :

Tout ce que tu as aimé et désires posséder égoïstement, il faut que tu le méprises et le haïsses, si tu veux connaître ma volonté. Quand tu auras commencé à le faire, ce qui auparavant te semblait agréable et doux te sera insupportable et amer, tandis que de ce qui te semblait horrible tu tireras une grande douceur, et un agrément sans mesure.

 Évidemment, vous pensez à l’Apôtre Paul dans sa lettre aux Philippiens :

 Mais tous ces avantages que j’avais, je les ai considérés, à cause du Christ, comme une perte.

Oui, je considère tout cela comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ.

(3, 7-8)

 Évidemment, vous pensez à saint Rémi au baptême de la France le 25 décembre 496, s’adressant à Clovis :

Courbe la tête, fier Sicambre,
adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré.

Au commencement, quand François donne ses vêtements, son argent, il fait l’aumône, bien ; seulement, il n’est pas prêt à se donner, à se perdre… à mourir à lui-même et à l’image de soi. Et puis, faire l’expérience de la tendresse de Dieu c’est bien, la vivre envers les autres n’est pas aussi simple.

Vous pensez à frère Charles de Foucauld ! Moi aussi !

En 1897, pour une année, il se met au service des Clarisses de Nazareth, et s’installe dans une petite cabane de planches, et non dans le logement affecté au jardinier. Il est moqué par l’aumônier ! Il écrit à sa cousine Marie de Bondy :

J’ai embrassé ici l’existence humble et obscure de Dieu,
ouvrier de Nazareth.

Je le cite encore, tant ces vies saintes s’éclairent mutuellement toujours à l’aune de l’humble vie donnée de Jésus de Nazareth !

Frère Charles écrit :

Mon Dieu, qu’est-ce qui vous déplaît le plus en mon âme ? l’esprit de prière, la confiance en vous, l’amour, la douceur, la fidélité, la générosité me manquent. Jésus n’est pas content de moi. Sécheresse et ténèbres, tout m’est pénible ; sainte communion, prière, oraison : tout, tout, même dire à Jésus que je l’aime. Il faut que je me cramponne à la vie de foi ! Si au moins je sentais que Jésus m’aime. Mais il ne me le dit jamais. Ce qui me manque surtout, c’est l’oubli de moi et un cœur fraternel pour les autres.

Ces âmes saintes nous éclairent en scrutant dans la lumière divine, notre propre histoire sainte.

 Dans l’exhortation déjà citée le Pape nous… exhorte :

J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que « personne n’est exclu de la Joie que nous apporte le Seigneur ». Celui qui risque, le Seigneur ne le déçoit pas, et quand quelqu’un fait un petit pas vers Jésus, il découvre que celui-ci attendait déjà sa venue à bras ouverts. C’est le moment pour dire à Jésus Christ : « Seigneur, je me suis laissé tromper, de mille manières j’ai fui ton amour, cependant je suis ici une fois encore pour renouveler mon alliance avec toi. J’ai besoin de toi. Rachète-moi de nouveau Seigneur, accepte-moi encore une fois entre tes bras rédempteurs ». Cela nous fait tant de bien de revenir à lui quand nous nous sommes perdus ! J’insiste encore une fois : Dieu ne se fatigue jamais de pardonner, c’est nous qui nous fatiguons de demander sa miséricorde. Celui qui nous a invités à pardonner « soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 22) nous donne l’exemple : il pardonne soixante-dix fois sept fois. Il revient nous charger sur ses épaules une fois après l’autre. Personne ne pourra nous enlever la dignité que nous confère cet amour infini et inébranlable. Il nous permet de relever la tête et de recommencer, avec une tendresse qui ne nous déçoit jamais et qui peut toujours nous rendre la Joie. Ne fuyons pas la résurrection de Jésus, ne nous donnons jamais pour vaincus, advienne que pourra. Rien ne peut davantage que sa vie qui nous pousse en avant ! (op. cit. § 3)

Ah ! les belles âmes dans la radicalité de leur engagement.

Pour illustration de cette radicalité, voici une autre rencontre de lépreux :

Les frères étaient près de renvoyer un lépreux qui blasphémait tandis qu’il était hébergé par eux. François corrige le blasphémateur, rien n’y fait ; le saint prie et revient au malade :

« Mon fils, je veux te servir moi-même, puisque tu n’es pas content des autres ».
– « Je veux bien » dit le malade, « mais que pourras-tu me faire de plus que les autres ? ».
Saint François répond : « Ce que tu voudras, je le ferai ».
Le lépreux dit : « Je veux que tu me laves tout entier, car je pue si fortement que je ne peux pas me souffrir moi-même ».
Alors saint François fit immédiatement chauffer de l’eau avec beaucoup d’herbes odoriférantes, puis le déshabille et commence à le laver de ses mains pendant qu’un autre frère versait de l’eau ».

Laissons résonner cette parole : Ce que tu voudras, je le ferai.
A qui pourrions-nous le dire ? Ce que tu voudras, je le ferai. Non pas à un puissant, à un grand, non ! à un pauvre…

Il s’agit d’accepter le risque total du chemin de Pâques ; il s’agit d’entrer dans la Joie du Maître, la Joie du service du Pauvre qui transfigure le serviteur. Et François d’ajouter en effet : Ce qui était amer s’est changé pour moi en grande douceur

Ceci peut être pour nous un beau Carême, le chemin de Pâques, par le don de soi passer de l’amertume à la douceur.

 

La Joie dans la douceur divine

Pour François, l’amertume est la porte d’entrée de la conversion : il est très amer de servir Dieu en servant le lépreux. L’amertume du service de Dieu, c’est de rencontrer les lépreux et de les soigner dans un acte miséricordieux. En acceptant d’entrer dans l’amertume de la lèpre, alors on ressent la douceur divine. Mais la traversée est rude et le passage exigeant, or, cela ne déçoit pas, jamais.

Après son épreuve, François pouvait dire ce que l’on retrouve chez François Mauriac dans son roman de 1922, Le baiser au lépreux :

 Il n’y a pas d’amour ni d’amitié qui croise le chemin de notre destinée sans laisser de marque pour toujours. Une certaine qualité de gentillesse est toujours signe de trahison. La déception est un sentiment qui ne déçoit jamais.

De l’amertume à la douceur, voici le beau chemin de la Vie. Pas n’importe quelle douceur, pas une vague gentillesse.

Chez François, le mot ‘douceur’ qualifie Dieu ou sa relation à Dieu. François est envahi par la douceur divine dès le début de sa conversion ; le soir où il est élu roi de la jeunesse d’Assise, il s’éloigne de ses amis et se met à chanter dans son cœur les louanges du Seigneur et il nous est précisé que

la douceur divine l’inondait.

Plus tard, quand le Christ du crucifix de la chapelle Saint Damien s’adresse à lui, il le fait

 avec douceur et bienveillance.

 

Et en septembre 1224, il chantera :

Tu es beauté, tu es douceur tu es notre abri, notre gardien et notre défenseur, tu es la force, tu es la fraîcheur, tu es notre espérance, tu es notre foi, tu es notre amour, tu es notre grande douceur, tu es notre vie éternelle, grand et admirable Seigneur, Dieu tout puissant, ô bon sauveur !

Cette prière est écrite après la stigmatisation. Il sait alors dans sa chair ce que veut dire goûter la douceur divine, une douceur qui n’est jamais séparée de l’amertume, que ce soit celle du baiser au lépreux ou celle de la Croix.

Frère Charles signifie lui aussi cette extase :

Que je suis heureux, que vous êtes bon !… Oh, mon Dieu vous qui êtes entré dans cette pauvre petite maison de mon âme, restez-y toujours, chassez-en tout ce qui la souille, tout ce qui n’y est pas pour vous et par vous

Et encore, au cours de sa retraite quelques mois après son arrivée à Nazareth, il se donne un programme :

Mieux connaître Dieu pour mieux l’aimer,
mieux connaître sa Volonté pour mieux la faire.

 

La Joie dans l’offrande, hic et nunc

 Cherchons avec François, pendant ce Carême, la Pâque de la vie fraternelle.

Le rejet des frères supporté avec patience, nous oriente peu à peu vers une autre Pâque : quand je deviens lépreux ou étranger pour mes frères…

Le passage par l’amertume traverse la vie fraternelle, chère à François : la nature même de l’Ordre, son charisme, son patrimoine, sa richesse institue la communauté en fraternité évangélique : nous l’avons entendu la semaine passée, il s’agit concrètement de fraternités itinérantes et pauvres.

Les rapports des personnes sont radicalement nouveaux, selon le mot de saint Augustin,

sans aucun pouvoir de domination.

Cette vocation à vivre la fraternité universelle s’enracine dans la contemplation du mystère trinitaire. De fait, Dieu est Trinité est tout entier dans la communion, tout entier dans le don depuis la création jusque dans le don du Christ sur la Croix, double création et recréation à l’œuvre dans le monde.

L’oserais-je ? La première fraternité, c’est la Trinité !

Cette fraternité est féconde, elle porte du fruit : tout est don du Dieu Trinité et se laissant saisir par lui, François accueille ce don et en l’acceptant tend à se donner lui-même. Nous nous recevons d’un Autre !

Cette finitude consentie librement peut s’ouvrir alors à l’inattendu, à l’inouï, à l’infini de Dieu, dans l’ouverture à l’Autre ; un Autre qui m’appelle, me nomme, un autre auquel je réponds « me voici » dans une attitude filiale.

Cette existence de fils s’expérimente et comme plénitude et comme pauvreté : plénitude dans la prise de conscience du don, et pauvreté dans la dépendance éprouvée, parce que nous ne pouvons pas, seul capter en nous la fécondité de l’être. Cette filiation est créatrice et fondatrice ; lorsqu’elle est reconnue, elle mène à la rencontre d’autrui.

En effet, la reconnaissance du partage du don de la vie fait à tous les hommes ouvre à la relation fraternelle ; plus encore nous comprenons que tout autre est donné comme frère par le Père.

Alors l’homme peut percevoir que la communauté fraternelle est une communauté profonde de destin. C’est ainsi en instaurant une vraie fraternité universelle que l’homme est vraiment homme.

La fraternité peut alors connaître l’extrême de l’amour, l’extrême de la gratuité du Don dans le service, dans l’amour du frère même et surtout lorsqu’il n’est pas réciproque, dans le pardon inconditionnel.

François exhorte en ce sens un ministre (général ou provincial) quelque peu découragé par le poids de sa charge et par ses difficultés avec ses frères.

Au frère, ministre : que le Seigneur te bénisse. Je vais t’expliquer comme je le puis ton cas de conscience. Des soucis ou des gens – frères et autres personnes – t’empêchent d’aimer le Seigneur Dieu ? Eh bien ! même si en plus, ils allaient jusqu’à te battre, tu devrais tenir tout cela pour une grâce. Tu dois vouloir ta situation telle qu’elle est, et non pas la vouloir différente. Considère cela comme une vraie charge ou « obédience » que le Seigneur Dieu et moi nous t’imposons, car telle est, j’en suis certain, l’obéissance véritable. Aime ceux qui te causent ces ennuis. N’exige pas d’eux, sauf si le Seigneur t’indique le contraire, un changement d’attitude à ton égard. C’est tels qu’ils sont que tu dois les aimer, sans même vouloir qu’ils soient (à ton égard) meilleurs chrétiens. Ce sera pour toi plus méritoire que la vie en ermitage. Voici à quoi je reconnaîtrai que tu aimes le Seigneur, et que tu m’aimes, moi, son serviteur et le tien : si n’importe quel frère au monde, après avoir péché autant qu’il est possible de pécher, peut rencontrer ton regard, demander ton pardon, et te quitter pardonné. S’il ne demande pas pardon, demande-lui, toi, s’il veut être pardonné. Et même si après cela il péchait encore mille fois contre toi, aime-le plus encore que tu m’aimes, et cela pour l’amener au Seigneur. Aie toujours pitié de ces malheureux.

La réussite de vie évangélique de François n’est pas dans la qualité de ses vertus, le rayonnement de son exemple, la fécondité de son œuvre. Elle éclate dans l’échec où François, refusé par ses frères, communie totalement à la destinée du Christ. La vraie Joie surgit à l’extrême de l’amour.

Ce n’est pas dans le malheur ou l’adversité que se trouve la Joie, ni même dans le stoïcisme ou la résignation, c’est dans l’attitude fraternelle inchangée, dans le refus de laisser s’affadir la conviction évangélique qui fait croire en la fécondité de l’amour gratuit, donné et reçu.

Si la traversée de l’épreuve de la déception se fait sans altérer les relations fraternelles, sans affaiblir la vision du monde qui a été choisie, la Joie est au rendez-vous.

La liberté parfaite ne consiste pas à être un saint éminent, ni un prodigieux thaumaturge, ni un ardent charismatique, ni un théologien génial, ni un missionnaire qui convertit à la foi chrétienne tous les infidèles. Elle consiste à accepter avec patience la blessure de la fraternité, à être chassé par le portier de son propre couvent, à vivre la fraternité avec un cœur de pauvre.
La Joie en est le fruit.

 

La Joie dans la louange

 C’est la même Joie qui éclate dans le Cantique des Créatures. Pourtant quand il chante la beauté de Dieu et de sa Création, il est aveugle, et pourtant, sa louange culmine sur la montagne de l’action de grâce pour l’œuvre de Dieu dans l’homme : la réconciliation dans le pardon, le consentement dans l’épreuve et l’accueil de notre sœur la mort corporelle dans l’abandon confiant à la très sainte volonté du Père.
Ce grand chant de la liberté est une manière d’être et de vivre, puissante dans le renoncement à tout maitriser et à tout posséder.

Très haut, tout puissant et bon Seigneur, à toi louange, gloire, honneur, et toute bénédiction ; à toi seul ils conviennent, ô Très Haut, et nul homme n’est digne de te nommer.
(…) Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ; qui supportent épreuves et maladies : heureux s’ils conservent la paix, car par toi, le Très Haut, ils seront couronnés. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper.
(…) Heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta volonté, car la seconde mort ne pourra leur nuire.
Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâce et servez-le en toute humilité !

 Paix et Joie !

 

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Deuxième dimanche de Carême
28 février

② François et l’Évangile

Je vous accueille tous à ce temps de partage et de prière en compagnie de François, le frère universel.

Dimanche dernier, nous avions vu avec le père Steve, comment François avait été appelé par le Christ pour rebâtir son Eglise. Cet après-midi, nous allons voir le rapport que François avait à l’Evangile et comment il vivait cet Evangile par imitation du Christ. Qui est François ? Est-il une figure lointaine de sainteté ? Qu’a-t-il de commun avec nous ?

Un petit rappel sur sa biographie :

François d’Assise 1182-1226. Prénom de naissance : Giovanni di Pietro nom : Bernadone. Son père Pietro, (Pierre), lui donna le prénom de François en reconnaissance à la France où il venait comme marchant acheter des draps et des tissus pour son commerce. Selon les historiens Pietro Bernadone était en France quand son fils Giovanni était né, à son retour en Italie, il lui donne comme prénom Francesco.

Frère François nous rejoint sur nos interrogations, sur nos désirs de bonheur et d’accomplissement. Comme nous il avait la quête du sens, des ambitions, des rêves, il voulait être chevalier jusqu’au jour où à Spolète, il eut un songe où le Christ lui demandait s’il voulait servir le serviteur ou le Maître ? Lors de la guerre entre Assise sa ville natale et Pérouse, il va se faire prisonnier ; dans la prison il va tomber malade et ses rêves vont s’envoler. Il va tomber dans une insatisfaction intérieure.

Il avait une question qu’il répétait dès le début de sa vocation : « Seigneur, que veux-tu que je fasse pour toi ? » Pendant qu’il cherchait son chemin, il aimait la solitude et le silence dans des églises de la ville d’Assise. A cause du temps qui nous est imparti, nous n’allons pas tout aborder, nous considérons juste quelques aspects de sa vie qui montrent son rapport à l’Evangile.

Introduction :

Toute la vie du Poverelo, (le petit pauvre) était marquée par l’Evangile : sa conversion, le choix de son idéal de vie, l’accueil de ses premiers frères, la mission de ses frères, le nom choisi pour son Ordre, le titre que doivent porter ceux qui exercent l’autorité et la dernière Cène qu’il avait commémorée avec ses frères, tout porte les traces de l’Evangile. Un jour il disait à ses frères, avant d’agir, demandez-vous ce que notre divin Maître Jésus aurait fait s’il était dans votre situation. Pour lui, tous nos actes doivent trouver leur racine dans l’Evangile. Le Christ est son modèle à imiter et son Evangile est sa règle de vie. (Raconter l’imitation de la Cène dans le lit de mort).

François et sa vocation : La rencontre avec le lépreux.

Pour comprendre quelque chose de l’aventure de François, il faut partir de sa conversion. Il existe, dans les sources, diverses descriptions de cet événement, avec des différences considérables. Heureusement, nous avons une source absolument fiable qui nous dispense de choisir entre les différentes versions. Nous avons le témoignage de François lui-même dans son Testament, Il dit: « Voici comment le Seigneur me donna, à moi frère François, la grâce de commencer à faire pénitence: « Au temps où j’étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable. Mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux ; je les soignai de tout mon cœur ; et au retour, ce qui m’avait semblé si amer s’était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps. Ensuite j’attendis peu, et je dis adieu au monde ». C’est sur ce texte, à juste titre, que les historiens se fondent.

Ce que l’on réussit à constater historiquement, c’est la décision de François de changer son statut social. Lui qui appartenait à la classe aisée, celle qui comptait dans la ville, du fait de sa noblesse ou de sa richesse, avait choisi l’extrême opposé, partageant la vie des « derniers », de ceux qui ne comptaient pour rien, ceux qu’on appelait les « petits » (minores), affligés de toute forme de pauvreté. Les historiens insistent, à raison, sur le fait que François, au début, n’a pas choisi la pauvreté et encore moins le paupérisme. A la rencontre du lépreux sur sa route : il fit violence sur lui-même, il s’approcha de lui et lui baisa la main. À partir de ce moment-là, il se mit à se mépriser de plus en plus, jusqu’à parvenir à une parfaite victoire sur lui-même par la grâce de Dieu ». François n’est pas allé spontanément chez les lépreux, poussé par une compassion humaine et religieuse. « Le Seigneur, écrit-il, m’a conduit parmi eux ». C’est sur ce petit détail que les historiens ne savent – ni ne pourraient – porter un jugement, alors qu’il est à l’origine de tout. Jésus avait préparé son cœur de manière à ce que sa liberté, au bon moment, réponde à la grâce. La conversion de François est du même ordre que celle de Paul. Pour Paul, à un certain moment, ce qui avait été auparavant un « avantage » changea de signe et devint une « perte », « à cause du Christ » (Ph 3, 5 ss.); pour François ce qui était amer se transforma en douceur, là aussi « à cause du Christ ». Après ce moment, tous les deux peuvent dire: « Ce n’est plus moi qui vit mais le Christ qui vit en moi ». A ses compagnons qui lui demandaient s’il comptait « prendre épouse » après l’avoir vu un soir étrangement absent et lumineux, le jeune François répondit: « Je prendrai l’épouse la plus noble et la plus belle que vous n’ayez jamais vue ». D’habitude, ce genre de réponse est mal interprété. Si l’on regarde le contexte, il est clair que l’épouse n’est pas la pauvreté, mais un trésor caché et une perle rare, c’est-à-dire le Christ. L’Epouse, commente Thomas de Celano, lorsqu’il dit : « la vraie religion que celui-ci embrassa; et le royaume des cieux, est le trésor caché qu’il cherchait. ». François n’épousa ni la pauvreté, ni même les pauvres; il épousa le Christ pauvre et c’est par amour pour Lui qu’il épousa, pour ainsi dire « en secondes noces », Dame Pauvreté.

François et la pénitence Evangélique :

François ne théorisa pas sa découverte, pour en faire un programme de réforme pour l’Eglise. Il a réalisé cette réforme en lui-même et il a indiqué ainsi tacitement à l’Eglise la seule voie à suivre pour sortir de la crise : retourner à l’Evangile et faire pénitence, se rapprocher des hommes et en particulier des humbles et des pauvres. Ce retour à l’Évangile se reflète avant tout dans la prédication de François. C’est surprenant, mais tout le monde l’a remarqué: le Poverello parle presque toujours de « faire pénitence ». Dorénavant, raconte Thomas de Celano, avec grande ferveur et joie, il commença à prêcher la pénitence, édifiant tout le monde par la simplicité de sa parole et la magnificence de son cœur. Partout où il allait, François disait, recommandait, suppliait de faire pénitence. Qu’est-ce que François entendait par ce mot qui lui tenait tant à cœur ? A ce sujet nous sommes tombés (du moins j’y suis tombé moi pendant très longtemps) dans l’erreur. Nous avons réduit le message de François à une simple exhortation morale, à un mea culpa en se frappant la poitrine, en s’affligeant et se mortifiant pour expier ses fautes, alors que celui-ci a toute la nouveauté et le souffle de l’Evangile du Christ. François n’appelait pas à faire des « pénitences », mais à faire « pénitence » (au singulier!). « poenitentiam agere ». Et cette expression – faire pénitence – c’est celle que Jésus a utilisée lorsqu’il a commencé à prêcher: « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche, convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1,14-15).

L’Evangile et la Règle des Frères Mineurs :

Parlant de la Règle, François ne voulait pas copier sur ce qui existait déjà, il disait à ses frères: Je ne veux pas que vous me parliez de quelque règle que ce soit, ni celle de saint Augustin, ni de saint Bernard, ni de saint Benoît. Et le Seigneur m’a dit qu’il voulait que je sois, moi, un nouveau fou dans le monde. Il est conscient que le Seigneur l’a appelé pour mener une vie profondément et radicalement fondée sur le Christ et son Evangile. François fait allusion au moment où, au cours d’une messe, il a entendu le passage de l’Evangile racontant comment Jésus envoie ses disciples: « Il les envoya proclamer le règne de Dieu et faire des guérisons. Il leur dit : « N’emportez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent ; n’ayez pas chacun une tunique de rechange » (Lc 9, 2-3). Ce fut une révélation fulgurante, celle qui oriente toute une vie. A partir de ce jour-là, sa mission lui apparut clairement: un retour simple et radical au vrai Evangile, vécu et prêché par Jésus. Relancer dans le monde la forme et le style de vie de Jésus et des apôtres décrit dans les évangiles. Il commence sa Règle en disant ceci aux frères : « La règle et la vie des frères mineurs est celle-ci : observer le saint Evangile de notre Seigneur Jésus-Christ ». Il ne voulait pas avoir une autre règle en dehors de l’Evangile, c’est par obéissance au Pape qu’il va écrire une Règle, et pour la rédaction, il s’était inspiré de l’Evangile.

François, l’humilité et le service évangélique :

Le père Steve disait dimanche dernier que l’Eglise qui n’est pas diaconale n’est pas servante et l’Eglise qui n’est pas servante n’est pas à l’image du Christ serviteur. Mt, 23 :11. « Le plus grand parmi vous, sera votre serviteur ». Mt, 20 :27. « Et quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit le serviteur », le petit, le mineur, le dernier de ses frères. Un autre mur de séparation entre l’Eglise et le peuple était, la science et la culture dont le clergé et les religieux avaient pratiquement le monopole. François le voit et c’est pourquoi, comme nous savons, il prend une position drastique sur le sujet. Il n’a rien contre la science-connaissance mais contre la science-pouvoir; celle qui privilégie celui qui sait lire par rapport à celui qui ne sait pas lire et lui permet de commander hautainement à son frère: « Apporte-moi le bréviaire! ». Lors du fameux chapitre des nattes, à des frères qui voulaient le pousser à épouser l’attitude des « ordres » érudits de l’époque, il répondit avec des mots si enflammés que la crainte, lit-on, s’empara des frères : « Mes frères, mes frères, Dieu m’a appelé par la voie de l’humilité et il m’a montré la voie de la simplicité. Et Dieu n’a pas voulu nous conduire par une autre voie que par cette science. Mt, 20 :27. « Et quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit le serviteur ».

L’Evangile et l’imitation du Christ :

Pour imiter le divin Maître, François demandait aux supérieurs des communautés : quand un frère revient de l’apostolat, que le responsable de communauté, (ministre), serviteur, l’accueille ; qu’il lui lave les pieds comme le fit notre divin Maître Jésus Christ, lui qui est Dieu a lavé les pieds de ses disciples et les a servis, laissant ainsi un exemple à suivre. Que le ministre s’estime inférieur et serviteur du frère. Le conseil de François s’inscrit dans le geste de Jésus au lavement des pieds. « Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres ». Jn. 13, 1-17.

Comment imiter François aujourd’hui ?

Il nous arrive de penser que notre époque est la pire des époques. L’époque où rien ne va, où l’Eglise nous a déçus avec tous les contres témoignages de quelques-uns de ses membres, l’époque où nous expérimentons un grand fossé entre les riches et les pauvres, où nous sommes témoins de plusieurs injustices sociales. Nous oublions que, l’époque où vivait François n’était pas la meilleure. La société de son temps avait aussi ces problèmes ; il y avait des difficultés, l’Eglise de son temps, n’était pas en odeur de sainteté. La hiérarchie était dans l’opulence et ne vivait pas les valeurs évangéliques. Le Pape et les évêques vivaient dans l’abondance et dans la mondanité, un contre témoignage évangélique. C’est au cœur de cette situation de désert évangélique que Jésus a suscité François, et lui avait fait la grâce de vivre l’idéal de l’Evangile, ce qui lui donnait de renouveler et de rebâtir l’Eglise par le témoignage de la simplicité, de la minorité, de la pauvreté évangélique et de la fraternité avec les hommes et avec le reste de la création. Qu’est-ce que son expérience nous dit aujourd’hui ? Que pouvons-nous imiter chez lui, tous, et tout de suite ? François reste un modèle pour nous dans notre sequela christi, (notre engagement à suite du Christ). Il nous inspire l’amour du Christ et de son Eglise, qui n’est possible qu’avec la conversion sincère et radicale, qui suppose une vie en harmonie avec l’Evangile au quotidien. Nous venons de voir que toute la vie de François s’enracine dans l’Evangile. Comme lui, nous avons à nous efforcer pour une redécouverte de l’Evangile et pour une imitation du Christ. Notre sagesse doit venir de l’Evangile, nous avons à nous en imprégner par amour et laisser le Christ vivre en nous. Aimer l’Evangile et la création à la manière de François, le frère universel, c’est un idéal à vivre.


P. Steve et P. Désiré

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Premier dimanche de Carême
21 février

①  François et l’Église

En 1205, celui qui s’appelait Giovani di Bernadone est en prière dans la chapelle délabrée de San Damiano à Assise lorsqu’il entend une voix qui l’interpelle depuis le crucifix  : « Rebâtis ma maison qui tombe en ruines ». Prenant cet appel au mot, le futur François va rénover non seulement San Damiano mais aussi plusieurs églises des environs. Plus tard, il comprendra mieux sa vocation de rebâtir l’Église du Christ, d’autant que le Pape Innocent III aura un songe dans lequel il voit François d’Assise soutenir la basilique saint Pierre qui menace de s’écrouler. La suite de l’histoire on la connaît : le Poverello d’Assise épousera « Dame Pauvreté », sera à la tête d’un des plus grands ordres religieux de l’Église, et entraînera un mouvement de réforme spirituel d’une grande ampleur dans le monde occidental.

Et si au cours de ce Carême nous faisions nôtre l’appel de saint François ? Reconstruire l’Église du Seigneur ne consistera pas tant à faire quelque chose pour l’Église que concrètement d’être Église. Dans le Credo, nous disons que nous croyons en l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Il est temps de vivre ce que nous professons : être des ferments d’unité, et de communion, dans le service aux autres, le don de soi fruits de notre prière fervente et de notre vie fraternelle dans le Christ. C’est en cela que François d’Assise est un modèle à suivre. En fin de compte, notre effort de Carême sera peut-être de faire en sorte que nous soyons fondamentalement ce que nous devons être : le Corps du Christ.

Un Carême d’action de grâce et de miséricorde

Dieu est clair : C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice. Ce que recherche Dieu : que nous aimions comme il aime, que nous soyons miséricordieux comme il est miséricordieux. Le Carême nous applique à la volonté divine, et de tout cela nous devons rendre grâce !

Rendre grâce à Dieu c’est plus que le remercier, c’est accepter d’aller à la suite de Jésus dans le grand mouvement d’amour du Fils vers le Père, c’est accepter de se donner aux autres comme il l’a fait lui-même. Entrer dans cette dynamique nous conduira jusqu’au don de nous-mêmes, comme elle a conduit Jésus jusqu’à la mort sur une croix. Rendre grâce à Dieu c’est accepter de devenir comme Lui, par son Fils, dans l’Esprit…

Pour y arriver nous pouvons essayer de transformer nos comportements… Cela n’est pas négligeable mais on en perçoit vite le caractère dérisoire… Jésus nous indique une autre voie, étonnante et sûre, pour aimer comme il aime : se nourrir de lui, présent dans l’eucharistie. Ainsi, peu à peu, nous devenons d’autres Christ et nous pouvons dire, comme saint Paul : Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. Ou, pour le dire comme saint Thomas d’Aquin : L’effet propre de l’eucharistie est la transformation de l’homme en Dieu.

 

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